Combien de temps faut-il pour apprendre le chinois ?


Que l’on enseigne ou que l’on apprenne le chinois , c’est une question que l’on entend très souvent. Et on entend ce genre de réponse : « il faut 5, 10, 20 ans pour apprendre correctement le chinois ».

Inversement, certaines personnes prétendent pouvoir vous faire apprendre le chinois en seulement 6 mois…

Alors, qu’en est-il exactement ?

Évidemment, on se doute bien que la réponse n’est pas aussi simple : entre une personne qui investit une ou deux heures par semaine pour apprendre le chinois et une autre qui investit 3 heures par jour, au bout d’une année, le résultat ne sera pas le même.

Mais l’investissement en temps n’est pas le seul facteur. Car on peut très bien être plus productif en une heure de travail avec une bonne méthodologie qu’en trois heures en faisant n’importe quoi.

Un deuxième paramètre apparaît donc ici en plus du temps investi : la qualité de l’apprentissage.

Or la qualité de l’apprentissage dépend aussi de plusieurs facteurs :

Les compétences personnelles.

Eh oui ! Nous ne sommes pas tous égaux devant les études. Certains ont de plus de facilités que d’autres. Les recherches sur les intelligences multiples sont à la mode en ce moment. Toutefois, nous n’avons pas attendu les recherches des scientifiques pour nous apercevoir que des personnes sont plus douées que d’autres en maths, certaines en arts, d’autres en travaux manuels, d’autres dans le relationnel, etc. Certaines personnes ont plus de facilités que d’autres pour apprendre les langues.

Mais attention ! Il ne faut pas se juger trop vite. On peut très bien être doué pour les langues sans s’en apercevoir. Et ce n’est pas parce qu’on a eu une mauvaise expérience avec l’anglais ou l’allemand à l’école que l’on est « nul » pour l’apprentissage des langues. J’en sais quelque chose…

 

La méthodologie ou « apprendre à apprendre »

Pour enchaîner sur ce qui vient d’être dit, les compétences personnelles ont très bien pu être gâchées par un « mauvais enseignement ». Une mauvaise pédagogie ne vous apprend pas apprendre. Or apprendre n’est pas quelque chose de complètement inné.

Il faut mettre en place une stratégie d’apprentissage, un plan d’action avec des objectifs et des moyens pour les atteindre. Je parlerai plus en détail de la stratégie d’apprentissage dans un autre article. Certaines méthodes sont plus efficaces que d’autres. Mais tout n’est pas valable pour tout le monde. Si certains exercices sont universels, il faut aussi apprendre à se connaître pour trouver les exercices qui sont les plus efficaces pour soi. Et c’est là que vient le facteur d’apprentissage suivant.

 

Le bagage personnel.

Qu’est-ce que le bagage personnel pour l’apprentissage du chinois ?

Il faut distinguer deux aspects différents :

1- ce qui est inné. C’est-à-dire nos compétences personnelles. Nous l’avons vu plus haut et ce n’est pas la peine de revenir sur ce point. On peut le placer dans le « bagage personnel », mais pour être plus clair, je l’ai mis à part.

2- son histoire. En effet, vous vous doutez bien que quelqu’un qui a déjà appris le japonais dans lequel on utilise un grand nombre de caractères chinois (appelé « kanji » en japonais) aura beaucoup plus de facilité à maîtriser l’écriture chinoise (même s’il y a des différences) qu’une personne qui n’a jamais écrit un kanji ou un sinogramme. De même une personne ayant appris le vietnamien ou une autre langue à tons sera moins déroutée par la prononciation du chinois. Ici, nous sommes confrontés à la difficulté du chinois qui est dû à son éloignement des langues européennes que nous apprenons habituellement. Plus la distance linguistique et culturelle est grande, plus la langue est difficile à apprendre. Je parlerai plus en détail des difficultés pour apprendre le chinois et des moyens pour les surmonter dans un prochain article.

Enfin, une autre personne qui a déjà appris plusieurs langues aura déjà des méthodes d’apprentissage bien rodées et sera donc beaucoup plus efficace dans son apprentissage.

Dans le « bagage personnel », il faut donc mettre ce qui est connaissances préalables qui sont liées de plus ou moins loin au chinois et les compétences qui permettent de mettre en place une méthodologie efficace pour apprendre le chinois.

 

La méthode utilisée

Ces connaissances et compétences qui sont acquises tout le long de notre vie dépendent bien sûr de nos capacités (compétences personnelles), mais aussi de la qualité de l’enseignement que nous avons reçu. Un bon enseignant ou une bonne méthode pour ceux qui veulent apprendre seuls (car c’est tout à fait possible) doit, tout en vous faisant acquérir des compétences dans la langue étudiée, vous former, c’est-à-dire vous apprendre à apprendre. Une bonne méthode, même si on ne s’en rend pas compte, créé des automatismes et des habitudes qui peuvent vous être très profitables.

Pour être franc, une mauvaise méthode est catastrophique, car non seulement elle ne vous permettra pas d’apprendre le chinois, mais en plus elle ne vous fera pas acquérir une bonne méthodologie et pire encore, elle vous fera perdre confiance en vous. Combien de personnes se considèrent comme nulles face aux études tout simplement parce qu’elles sont tombées sur le mauvais enseignant ou sur la mauvaise méthode ! C’est pour cela qu’il ne faut pas trop vite se considérer comme mauvais pour les langues…

 

L’environnement

Bien sûr, si on étudie le chinois en Chine où l’on va être constamment stimulé par l’environnement, l’apprentissage sera beaucoup plus rapide. Mais il est tout à fait possible d’acquérir un niveau correct de chinois sans être en Chine.

 

Ok, c’est bien joli tout ça, mais……

Ci-dessus, nous avons analysé les différents facteurs qui influencent la vitesse de l’apprentissage du chinois ou de toute autre langue d’ailleurs.

Bon, c’est bien gentil de dire que l’on ne peut pas répondre si facilement à la question, mais on aimerait bien avoir une idée tout de même.

Même si ces facteurs peuvent considérablement faire évoluer la vitesse d’apprentissage du chinois, on peut tout de même avoir des ordres de grandeur.

La première chose à faire, c’est définir un niveau de langue. Car entre baragouiner du chinois de la rue et tenir une conversation scientifique avec des Chinois, ce n’est pas la même histoire.

Pour ce faire, nous avons une aide précieuse : le HSK. Le HSK est le certificat de niveau de langue délivré par la Chine. Il est divisé en 6 niveaux. Or, si l’on veut aller étudier en Chine une matière autre que le chinois, la Chine demande d’avoir le HSK niveau 4 de moins de 2 ans. Cela signifie qu’avec le niveau 4, vous avez un bagage suffisant pour suivre un cours en chinois. Ce n’est pas rien !

En réalité, le niveau 4 du HSK ne donne pas de vocabulaire spécifique à une matière. C’est un programme de chinois général. Mais si vous avez ce niveau, vous êtes suffisamment armés pour pouvoir acquérir plus de vocabulaires en cours d’étude. C’est ce qu’on appelle un « utilisateur indépendant » dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL) et qui correspond au niveau B2.

Avec ce niveau, même si vous ne comprenez pas certains détails, vous pouvez vous en sortir tout seuls et augmenter par vous-même votre niveau de langue.

Petite précision, le niveau B2 comprend 1200 mots de vocabulaire. Il ne s’agit pas de 1200 caractères, ce n’est pas pareil, car un mot chinois peut être composé d’un ou plusieurs caractères. L’erreur est très courante (même chez des enseignants de chinois… )

On considère que, en français, on emploie entre 1500 et 3000 mots de vocabulaire différents. De plus, dans les 1200 mots de vocabulaires du niveau 4 du HSK, on ne compte pas les variantes. Le nombre de mots de vocabulaire est en réalité plus élevé.

La langue qui comprend le moins de mots est le Toki Pona qui en compte seulement 120. Et on peut tout de même communiquer ! C’est tout dire.

Donc le niveau 4 du HSK peut être considéré comme un très bon repère. Et c’est ce nous allons faire.

Nous pouvons donc préciser notre question : combien de temps faut-il pour atteindre le niveau 4 du HSK ?

Le Hanban, l’organisme officiel chargé de l’enseignement du chinois mandarin aux étrangers et qui organise les tests HSK indique dans leurs programmes que le HSK niveau 4 peut être atteints en 2 années scolaires à raison de 2 à 3 heures de cours par semaine.

Si on considère qu’il faut une heure de travail personnel pour une heure de cours, cela fait entre 4 et 6 heures par semaine. Autant dire qu’avec un investissement d’une heure par jour (cours et révision confondue) en se reposant le dimanche et en n’étudiant pas pendant les vacances scolaires, il faudra moins de 2 ans pour atteindre le niveau 4 du HSK.

Comme nous l’avons vu plus haut, c’est une moyenne et la durée d’apprentissage peut évoluer suivant les facteurs dont nous avons parlé.

Par exemple, la Chine propose des cours de chinois Mandarin au sein des universités à raison de 4 heures par jours (le matin). À ce rythme-là et avec l’environnement aidant (et si on travaille correctement), le niveau 4 du HSK peut être atteint avant la fin de l’année scolaire tout en ayant commencé en tant que grand débutant. Deux ans de ce programme permettent d’avoir un excellent niveau de chinois.

Je tiens ici à préciser que le temps n’est pas compressible. C’est-à-dire qu’une seule heure de cours par jour sera plus profitable qu’une heure dans une journée de 4 ou 5 heures de cours. Le cerveau a aussi besoin de temps pour digérer les connaissances.

Un autre problème est à souligner. Si vous avez déjà fait du chinois, vous y avez certainement déjà pensé. Il s’agit de la différence entre l’écrit et l’oral et entre la compréhension et l’expression.

Vous avez déjà remarqué que lorsqu’on apprend une langue étrangère, on peut comprendre beaucoup plus de choses que l’on ne peut exprimer. C’est normal, car en compréhension on est réceptif et en expression, on est productif. On peut comprendre des structures que l’on ne sait pas bien employer.

En chinois, ce phénomène est « aggravé » par une écriture qui ne note pas la prononciation. Nous avons donc 4 courbes de progressions différentes. Voici les compétences de la plus rapide à la plus lente :

  1. compréhension orale
  2. expression orale
  3. compréhension écrite
  4. expression écrite.

Le nombre de caractères que l’on peut lire est en général bien plus élevé que ceux que l’on sait écrire. Même pour les Chinois natifs !

Le test de niveau HSK 4 prend en compte ce problème, mais en partie seulement. Il est surtout basé sur la compréhension orale et écrite. Il y a une petite partie d’expression écrite. L’expression orale est un examen à part. Mais il s’agit seulement du test. On peut très bien travailler le programme de HSK 4 dans toutes les compétences : oral et écriture, en compréhension et en expression. Cela dépend de la méthode et/ou de l’enseignant.

Donc quand on parle de niveau de langue, il ne faut pas seulement donner un volume de connaissances, mais également préciser de quelles compétences il s’agit.

Pour synthétiser ce que nous venons de dire, il faut noter que répondre à la question n’est pas si simple, mais que l’on peut atteindre un niveau de « locuteur indépendant » en moins de deux ans à raison d’une heure de travail par jour, cours et apprentissage personnel confondus.

Ce délai peut être raccourci ou rallongé suivant les facteurs suivants :

  • temps investi
  • compétences personnelles
  • la méthodologie d’apprentissage
  • le bagage personnel
  • la méthode utilisée
  • l’environnement

Nous sommes bien loin des 20 ans d’apprentissage prétendus par certains, sinon j’y serais encore !